Bienvenue Ecritures

… Ecrire l’eau…

 

Ecrire la rencontre avec l’eau. Poser des mots sur le papier, laisser une trace provisoire de ce qui est arrivé là, retenir peut-être, un peu, faire mémoire sans doute mais ouvrir, ouvrir à cet espace inconnu,

oser laisser venir ce qui nous habite, ce riche langage que nous taisons parfois, élargir encore le champ des découvertes, cette créativité qui vit en chacun de nous, qu’on ignore, et pourtant…

Ces textes ont été écrits au cours des stages d’été où nous proposons de lier les mouvements du corps à ceux de la pensée. Pensée qui flotte, évidemment !

Chacun s’y est essayé, engagé comme sur un chemin dont on ne sait la destination, à la manière d’un découvreur, belle aventure. Parfois aride, à sec, il faut le dire, troublant assurément, souvent surprenant

pour celle ou celui qui entend ce que sa main a tracé, ce que son corps a traduit de ce qu’il ressent, de ce qu’il est. Cette mise en œuvre se fait pour tous, que les pages se remplissent ou qu’une ébauche se tente.

Comme pour l’eau, à son rythme, sans forcer. On balbutie, on essaie, on brouillonne, on lie des mots entre eux comme autant d’appuis pour aller plus loin.

Le projet n’est pas de devenir écrivain ou de faire beau - quoique certains découvrent là une belle manière de se retrouver et de traduire leur monde personnel avec talent -

mais de se dire, dans cet instant, entendre les échos que font ses mots avec les mots des autres. Oser s’aventurer, oser le premier pas, les premières lettres et les suivantes… Jouer des mots, avec la légèreté et la gravité de l’enfance.

Et éprouver la joie intime et partagée de faire cette traversée, qu’elle soit longue ou brève, de poser le crayon : « Ça, c’est moi qui l’ai écrit ! » Mouvement, émotion, moment précieux, qui nous fait retrouver, enrichir cette pensée poétique propre, ses fulgurances et sa beauté simple, évidente.

 

Chaque année, tous nous pouvons entendre ainsi autant de textes que de personnes, aucun clone, à chacun son style, sa présence, son rythme.

Et chaque fois aussi, goûter à la qualité du silence pendant ces temps rassemblés, les respirations perceptibles dans les appuis, les pauses, les reprises.  Inspiration.

 

« Les mots qui vont venir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. »

René CHAR

 

Belle découverte !

Nous vous offrons ces textes, pour leur valeur créative, pour la générosité de leurs auteurs. Il en est de nombreux autres qui trouveront place au fil des saisons…

Qu’ils soient tous remerciés.

 

 

 

 

C’est un oiseau d’eau

qui marche avec le héron

qui vole avec la cigogne

qui nage avec le brochet

Nicole

P8270189

 

 


 

Petit poème aquatico-temporel

(Inspiré de Dame Brigitte Fontaine, je boirais de ton eau...)

 

 

Ha, le temps où le stage débute

Ha, le temps où les vies se rencontrent

Ha, le temps qui attire ou rebute

Ha, le temps où naît plaisir ou honte (…)

lire la suite

 


 

 paesaggio traforato di un mare lontano

della sabbia bagnata

del vento salato

dei piccoli piedi dorati

un'impronta incisa

per un momento così dolce

modesto per l'onda

portandolo malgrado noi  (…)

Paysage découpé d’une mer éloignée

du sable mouillé

du vent salé

Des petits pieds dorés

une empreinte gravée

pour un moment si doux

effacé par la vague

l’emmenant malgré nous (…)

 

lire la suite

 


 

 

Quittant Plouhinec, la petite route côtière s’appuie sur le tombolo menant à Gâvres, l’Îlienne.

Gâvres fut longtemps protégée des « invasions » par un terrain militaire, fermé régulièrement pour cause de tirs, terrain militaire, vilipendé souvent, mais secrètement approuvé pour les emplois qu’il apportait et l’intimité qu’il préservait aux Gâvrais.

A gauche de la route, derrière les dunes, l’océan ourle de grandes plages de son écume. A droite, un paysage d’aquarelle, bleu, gris argent à marée haute, prairie noyée à marée basse.

ALC

 


 

Dans la mer avec de moyennes vagues j’ai tendance à avoir peur et plutôt les esquiver sauter pour les éviter

L’autre jour je me baignais avec des mouettes je me suis allongée sans résister aux vagues et je me suis laissée porter

 

 


 

Allongée soutenue par cette force fluide pénétrante et pénétrée

Force délicate des corps unis avec l’eau des mouvements légers volés à nos corps de plomb

Des mouvements que le plomb même allège.

Plumes mouvantes dans le corps de l’onde

Présence à ces sensations étranges,  devenus enfants grâce à la magie aquatique.

Enfants animés par les jeux, la suspension de l’eau, jeux sérieux, intenses, engagés.

 


 

Se laisser mouvoir

Le moment suspendu                                                « être agi »

L’imperceptible mouvement du corps, de l’équilibre et du souffle,

un moment de grand silence, où tout est immobile, en attente

et lentement le mouvement va s’exprimer à nouveau à travers le corps et lui donner une direction nouvelle, qui va faire qu’un bras va se tendre et rencontrer l’eau plus loin ou une autre main, glisser le long d’une autre peau. Peau de l’eau, peau d’un corps. Contact. Moment fascinant.

 

Fascination d’avoir la tête en bas et de regarder le monde à l’envers. Nouvelle perspective intéressante où tout est couleurs, lumière, absence de repères, où les bulles d’argent dansent jusqu’à la surface.

 

Marcher avec les pieds ou les mains à l’envers, sur la surface de l’eau, toucher l’argent du plat de la main, voir au-delà le plafond du dôme, d’autres corps de couleurs qui se meuvent comme des hydres ou des anémones qui dansent avec l’eau, qui se laissent danser par l’eau

 

Le rire d’Archimède est parfois plus difficile sous l’eau que le sourire…

Anne

 


 

Étrange familiarité de ce corps aquatique

Fenêtres de soleil

Je connais cette découverte Retourne sol retour au sol

Adossée à du vivant, s’accompagner dans d’autres contrées

Poids racine densité s’adosser à du vivant dos à dos confortable  chaleur de la chair de l’eau étirements dolents d’un monde à l’autre chaleur fourrée de l’eau

L’eau comme une étole  ne pas savoir  laisser faire notre mémoire des cellules mémoire du corps  entrer sans se mouiller  ne pas se mouiller  apprendre la langue de l’eau

Difficultés de sortie passer du mouillé au sec est plus difficile

 

 


 

Pas de mer ! Seulement une étendue grise, mouillée, luisante, sans doute glissante, et, pour ajouter au désastre, sentant mauvais.

Laissant Marie-Hélène maugréer et repartir dépitée vers l’hôtel, Pomme décida, puisqu’elle était quand même venue pour çà, de risquer l’aventure.

Elle se déchaussa, et posa le pied sur le sable gris et humide.

lire la suite


J’ai rêvé une eau tenace

qui me portait toute entière

Je rêve d’une eau légère

qui me donne la liberté

 

J’ai rêvé une eau amère

qui me rejetait en arrière

Je rêve d’une eau sucrée

qui me laisse la déguster (…)

 

lire la suite


 

 Rencontrer l’eau, rencontrer l’autre

Laisser venir, laisser faire

Accompagner, sans s’imposer

S’accorder, s’ajuster (…)

lire la suite


 

Longtemps la mer m’a attirée, fascinée, pour mieux me repousser. Fascination, répulsion, paradoxe de sentiments, d’émotions, changeants comme un ciel breton, qui fait se déchirer un rideau de pluie par un rayon de soleil irisé en arc-en-ciel.

lire la suite


 

L'eau,

L'eau de la vie, l'eau de l'envie,

Je suis en vie et j'aime l'eau,

Sa danse, sa mouvance,

Sa tendresse, ses caresses.

Légèreté, je  flotte, je vole, je suis plume,

Je suis funambule, suspendue au fil de l'eau;

Je suis paresse et je me laisse

porter, sans entrave,en voyage,

sensuellement entortillée dans des foulards de soie,

tout autour de moi, qui me déposent dans une douce volupté.

L'eau est silence, l’eau est détente, mais sans attente,

Juste être là, au coeur des choses, métamorphoses,

dans des variations infinies.

Infinitude, plénitude, béatitude,

L'eau, c'est la vie.

Mais impalpable, caressant mes doigts sans qu'ils ne l'attrapent,

glissant sur ma peau sans l'emprisonner, comme le vent.

Universalité.

Pascale G

 


 

Même si j’ai souvent râlé

A rentrer dans une eau trop fraîche

Même si j’ai souvent râlé

Et dit non avec la tête (…)

lire la suite


 

 L'eau, pourquoi aller vers elle, pourquoi irais-je m'y baigner, je ne suis pas un poisson ? Je crois que pour la 1ère fois cette question se pose à moi. Dans mon enfance j'ai passé quelques étés

lire la suite


 

Dans l’eau, mon corps est une île, une île au rythme lent, hors du temps, sans amarre, avec, pour être juste, un pied intermittent et salvateur. Une île aux contours sans cesse définis par l’eau, eau qui monte, qui descend, inonde parfois, mais décide toujours de la situation.

Mais une île c’est encore une terre. Passer de la terre à l’eau, devenir bouchon de liège, flottant au gré des remous, sans poids, sans lourdeur, sans à coups, dans une passivité sereine. Le rêve du bouchon, parce que les bouchons ont des rêves, s’enfoncer sans se perdre, rouler, danser avec l’eau.                                                        ALC

 


 

Elle a caché son maillot de bain dans son sac  en partant.

Il faisait chaud, chaleur renvoyée par les murs construits en morceaux de briques rouges récupérés dans les déchets des tuileries du quartier.

Elle descendait la ruelle brûlante, précautionneusement pour ne pas abîmer ses espadrilles en corde si difficiles à trouver en ces temps de guerre.

Elle n’a rencontré personne dans le labyrinthe de murs rouges, personne pour la dénoncer. Elle était soulagée. – (…)

lire la suite


 

L’eau est claire ce matin et douce dans ses nuances bleutées traversées de soleil. L’air est joueur aussi : des myriades de bulles se posent sur ma peau, minuscules bijoux éphémères, enveloppes de rêve. Je m’enroule dedans. Elles se détachent, furtives, regagnent la surface. Je les invite encore.

La danse nouvelle entre cette eau et l’air calmement m’entraîne vers la profondeur et, seule dans la musique de l’eau, j’oublie. Je laisse faire.

lire la suite


 

Dans l’eau, je suis toujours rappelée à la dualité ; tout est incidence ou impulsion, tout ramène au débat ou aux ébats : un accompagnement inévitable, un dialogue, une vitre réfléchissante.

Dans l’eau, on n’est jamais mouillé : c’est au sortir de l’eau que le corps ruisselle. (…)

lire la suite